Chronique des états généraux du film documentaire Mercredi #3

Vendredi 23 août, mon retard d’écriture s’aggrave chaque jour un peu plus. Je décide de reprendre en main mes chroniques. C’est le jour de départ, le festival est terminé pour moi, j’en profite pour mener un retour réflexif. Installée confortablement dans le fauteuil du TGV pour Bordeaux, je prends plaisir à me replonger dans mes deux derniers jours de festival. Sans doute les plus intenses, le rythme s’est accéléré à mesure que je m’approchais de la fin du séjour comme si je cherchais à retenir le temps. 

Mercredi 21 août, fini le séminaire sur l’effraction du réel, place désormais au cinéma d’Edgar Morin «  »Comment vis-tu ? » Le cinéma en actes d’Edgar Morin » animé principalement par Monique Peyrière, historienne, spécialisée dans le champ du cinéma documentaire expérimental en sciences sociales.

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Séminaire « Comment vis-tu ? » Le cinéma en actes d’Edgar Morin ©VCG

Edgar Morin s’inscrit dans une sociologie du film. Il tente de saisir le devenir du monde. À travers l’oeuvre cinématographique Chronique d’un été, Morin cherche une méthode qui lui permettrait de comprendre les masques sociaux et d’aller au delà en posant la question en micro-trottoir : « êtes vous heureux ? ». Ce film célèbre ne représente qu’un dixième de l’ensemble des rushs qu’Edgar Morin avait pris. Alors en 2011 François Bucher réalise le film : Chronique d’un film d’une durée de 6h04. Le réalisateur veut réfléchir avec un collectif d’artistes sur l’engagement politique actuel face aux attentats du 11 novembre, et les émeutes de banlieues en France en 2005. Les artistes opèrent un retour en arrière pour trouver des réponses dans l’histoire contemporaine. Ils tombent sur Chronique d’un été notamment une interview d’Edgar Morin attristé par le fait qu’il n’ait pu réaliser le film qu’il aurait souhaité. Alors une mobilisation est crée, les rushs sont recherchés. Le film se monte avec des rushs bruts inutilisés pour chronique d’un été et des commentaires en voix-off d’Edgar Morin lui même qui raconte les dessous des prises de vues à partir du journal de bord du tournage qu’il avait tenu.

À la suite d’une prise de parole pendant une heure et demi, Monique Peyrière s’efface pour laisser place à quelques séquences de Chronique d’un film. Je suis subjuguée comme si une mine d’or s’offrait à mes yeux. J’étais devant les dessous de la fabrication d’un film ethnologique et sociologique. Les commentaires de Jean Rouch et d’Edgar Morin, la direction de l’équipe technique, des personnages … Les longues séquences offraient des situations d’entretiens plus ou moins cadrées et qui échouaient ou réussissaient. Ces séquences parfois brouillons permises par le cinéma-vérité permettaient d’accéder à une nouvelle dimension cinématographique : l’humilité.

L’après-midi continue avec le séminaire, mes deux amis partent pour se baigner tandis que je ne peux me détacher des écrans. Je me replonge dans Chronique d’un film, la poésie de ce cinéma m’émeut. Je retiens notamment une séquence filmée un 15 aout dans les rues de Paris avec le personnage de Marceline Loridan qui déambule dans un espace urbain quasi désertique. À ces images se superposent ses pensées, son monologue évoquant son passage dans le camp d’Auchwitz. Ainsi les deux espaces sont comme en surimpression, ils se superposent et se rencontrent grâce au cinéma.

Je m’extirpe avec peine de la séance pour rejoindre la salle collective pour regarder la suite des épisodes de la série Le Village de Claire Simon, je compte arriver en avance cette fois-ci. Ma place réservée j’en profite pour déambuler dans le village à la recherche d’un goûter, je me rapproche d’un stand aux allures de Kermesses de fin d’année et commande un gâteau marbré dont l’argent reviendra pour la classe de neige de l’école du village. Je repars en direction de la salle au sein de l’école primaire. Je prends place sur un banc, j’ai peine à trouver un brin de confort et décide d’opter plutôt pour une chaise en plastique. 

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Projection « le village » de Claire Simon, ©VCG

L’épisode commence à peine sur des images de la capitale qu’un spectateur s’exclame « c’est un occitan perdu à Paris ». En effet, le créateur de la plateforme Tënk opère des allers-retours entre Lussas et Paris pour pouvoir accéder aux instances décisionnelles du milieu de la culture : le CNC notamment. Le projet dépasse la simple ambition de dynamiser le territoire local. Lors d’une séance de discussion entre les habitants et les créateurs de la plateforme une personne s’exclame « Je comprends que c’est un projet qui dépasse largement le territoire mais j’ai peur que les locaux soient de côté ». Une autre personne soulève la question des inégalités d’accès à internet car il y a une insuffisance de débit. Dans tous les cas les créateurs sont ravis par l’idée qu’il faut « prouver que le monde rural est pas un désert culturel » même si cela entraîne l’augmentation des impôts locaux. Selon certain cette hausse se ferait au désavantage des habitants et selon d’autres elle serait gage de l’innovation territoriale des infrastructures. Ce quatrième épisode montre les conflits entre les différents acteurs du territoire et la médiation nécessaire pour que chacun se sente intégré dans la dynamique territoriale.

Je pars de la séance, me précipite pour boire un verre avec mes amis, emporte à manger  pour pouvoir enchaîner avec les films des masters 2 de l’école documentaire de Lussas. Il est 21h15, on est devant la coopérative agricole, il commence à faire légèrement frais, en levant les yeux on aperçoit les étoiles.

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Projection des courts métrages des étudiants ©VCG

 

À Lussas il existe une école cinématographique. En un an les jeunes réalisateurs doivent créer des films ensemble, en binôme et seuls. Le tournage doit être fait dans la région, aux alentours de Lussas. Je découvre alors cette région de nuit et de jour. Deux types de documentaires ressortent : le documentaire de création, expérimental qui cherche des esthétiques dans les cadres, lumières, sons … et les documentaires sociaux, ethnologiques. Une seule personne s’est extirpée de la contrainte géographique. Une jeune réalisatrice a récupérer des vidéos de caméras de vidéo-surveillance et les a retravaillé à la manière de Jean-Luc Godard dans Le livre d’image. Je suis impressionnée par la qualité de la majorité des documentaires.

 

Je repars pour la fête des courts métrages pleins les yeux. Je discute une grande partie de la nuit avec des parisiennes et parisiens, réalisateurs, scénaristes producteurs, habilleurs, ingénieurs du son … tous amis de cette grande famille qu’est le cinéma. Tout le monde se retrouve enfin sur une butte pour écouter et danser au grès des sons d’une DJ parisienne. Je pars de la soirée à pied, marche le long d’un chemin silencieux dans le noir. Des aires de campings improvisées occupent les prairies vides. Certains préfèrent dormir dans leurs voitures. Ce soir je me serais couché à 04h00 du matin. 

 

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Soirée ©VCG

 

 

 

 

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