Chronique des états généraux du film documentaire Mardi #2

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Plan réalisé par Vanessa Rousselle ©VCG

 

Jeudi 22 aout, 18h41. 

Avant de repartir au village je profite de l’heure devant moi pour me baigner dans une piscine naturelle du camping. Arrivée sur place une vingtaine de personnes ont eu la même idée que moi. Après avoir trempé le bout de mes pieds dans l’eau fraîche je me décide enfin à reprendre ma chronique que j’avais laissé de côté. Emportée par le rythme intense du festival, les rencontres, les soirées jusqu’à n’en plus finir j’ai mis de côté l’écriture et le repos. Je me replonge dans mes trois dernières journées.

Mardi 20 août 09H00.

Journée pluvieuse, je prends le temps de me réveiller, de petit-déjeuner. J’arrive en retard à la séance qui est pourtant à côté de mon camping et décide de courir de l’autre côté du village dans la salle Joncas pour assister à la projection la plus tardive ce matin.

10H30 je pénètre dans un vaste hangar opaque, la séance commence à peine. Je me glisse et prends place pour voir Rue Garibaldi de Frederico Francioni racontant la vie de deux frères et soeurs Ines et Rafi d’origine tunisienne, partis de leur pays natal, la Sicile, pour travailler en France. Ils vivent à Villeneuve-Saint-Georges, en banlieue parisienne. Je suis touchée par ce récit qui retranscrit la nostalgie du pays quitté. Ce sentiment est ravivé par le téléphone qui maintient le lien comme un cordon ombilical entre les deux protagonistes et leur famille. Le film se tourne presque en lieu clos, ils trouvent refuge dans leur habitation : « Leur maison, dont ils ne sortent jamais, est devenue le lieu de leur immigration » (citation du catalogue du festival). Les espaces extérieurs sont présents au son par la parole, à l’image par le biais d’écrans interposés comme le téléphone portable.

Les lumières se rallument, puis de nouveau le noir. Le film suivant me séduit moins, Abel et Cain réalisé par Raphaëlle Paupert-Borne reprend le mythe biblique démultiplié sous plusieurs regards. Ce film documentaire de création interroge l’essence du cinéma et la part de réel dans la mise en scène, dans la construction de l’espace. À l’issue de la projection une discussion nous permet de dialoguer avec la réalisatrice et son chef opérateur. Je note un élément interessant : le film est né de son village natal, des habitants, de leurs enfants, des animaux. « ça se fait avec des gens proches, dans un temps proche » Grâce à la proximité entre les personnes qui ont fait le film, le tournage a pu s’étaler dans le temps.

Je repars de cette séance matinale, me dirige dehors, le beau temps commence à percer. Je me dirige vers la salle des fêtes pour participer au séminaire sur l’effraction du réel d’Alain Bergala (voir chronique 1).

Lors de cette séance Alain Bergala nous donne à voir Le livre d’image de Jean-Luc Godard, long métrage crée à partir de courts extraits vidéos préexistants à son film. Le réalisateur convoque tout ce qu’il a accumulé depuis le début de son existence. La Palestine figure à plusieurs reprises. Toutefois, ces images du passé au delà de l’emprunt sont travaillées. Godard en transforme la couleur, crée des ruptures sèches au montage, crée des silences … Le réalisateur expérimente tel un peintre pointilliste, surréaliste qui use de nouvelles techniques : collage … En déformant l’image il souhaite la rendre plus lisible.

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Le livre d’image, Godard, ©VCG

17h40 Je m’extrais du séminaire pour pouvoir assister à la projection de la web série documentaire : Le village de Claire Simon, arrivée devant la salle de projection collective deux femmes m’annoncent avec regret que la séance est complète – Il faut la plupart du temps y être une demi-heure à l’avance pour espérer avoir une place – À regret je vais à la vidéothèque du festival où tous les films de la semaine sont visibles gratuitement. J’entre avec deux amis que j’ai retrouvés, la pièce est opaque, de nombreux postes d’ordinateurs permettent à chacun de regarder les films qu’il n’a pu voir car la programmation est vaste !

Je m’installe au poste et commence le premier épisode. J’espère que ces films me permettront d’en savoir plus sur Lussas … écran noir … puis … le générique apparaît, un graphisme représente une carte sensible animée de la Terre au village, du global au local. En tant que géographe l’idée me plait. La série montre depuis 2015 l’effervescence d’une économie locale basée sur la production cinématographique documentaire, le festival, l’école documentaire de Lussas … et ses conséquences sur les autres économies notamment agricole. Le film tisse la toile que les acteurs du territoire ont crées entre eux. Cette toile s’étend et crée des répercussions comme la construction de nouveaux lieux : le bâtiment « l’Imaginaire » qui accueille à présent l’école, la maison du documentaire, des bureaux… Au delà de l’espace local le film montre la création d’un espace numérique global : la plateforme Tënk qui naît sous le regard de la caméra. Cette nouvelle plateforme en ligne permettra de distribuer et de mettre en visibilité des films de jeunes réalisateurs indépendants notamment. Elle est vouée à s’étendre dans le monde grâce à internet. « c’est une erreur de raisonner national », les créateurs comptent s’appuyer sur un réseau mondial, un bassin de population de 50 000 personnes. 

À défaut de ne plus pouvoir ingurgiter de films nous partons nous restaurer dans un des restaurants du village. Le menu à 11 euros nous offre une large quantité de plats : deux entrées, un plat, du fromage, un dessert, une formule généreuse à l’image des habitants du village. Repus nous allons boire un verre accompagnés par la musique du « Green Bar » un des lieux immanquables des soirées du festival. 

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Green ©VCG

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